ENTRETIEN avec EZ3KIEL fevrier 2002


EZ3KIEL au festival NÖRDIK IMPAKT 03 à Caen le 24/11/01

 

On va vous demander d'abord de vous présenter :

Yann: On va commencer par la personne qui n'est pas là, qui est en train de faire sa balance en ce moment c'est Johann qui est aux machines...
Matthieu: Matthieu, à la batterie ...
Yann: et moi Yann, je suis à la basse.

Ok, on va vous poser des questions un peu génériques: Depuis combien de temps vous vous connaissez ? Comment vous vous êtes rencontrés ?
Comment ça a commencé EZ3KIEL ?

Matthieu: Et bien EZ3KIEL ça a commencé en 1994 à peu près, pour les premiers concerts. C'était une formation à 5, beaucoup plus basique: basse, batterie, 2 guitares, une chanteuse, donc beaucoup plus rock'n'roll, fusion... Ce qui nous a réuni au départ c'était des groupes comme FISHBONE, BAD BRAINS, toute la mouvance du début des années 90. On a tourné 5 ans comme ça et ensuite on a pris 2 ans pour changer. On avait l'opportunité d'enregistrer un disque et on n'avait pas envie d'y mettre ce qu'on avait fait les années précédentes, donc on a cherché pendant 2 ans en s'enfermant dans le local. Durant ces 2 années on est passé à l'électronique et on a perdu les 2 membres : l'autre guitariste et la chanteuse et donc Johann qui était guitariste avant est passé aux machines à ce moment là, et voila.

Vous avez fait avant l'album "handle with care" qui est sorti l'année dernière, un 6 titres qui était autoproduit.
Comment ça c'est passé de l'autoproduction à JARRING EFFECTS, le label pour qui vous travaillez maintenant ?
Comment s'est passé la transition ? Quelles personnes vous avez rencontrées ?

Matthieu: Ca c'est fait vraiment naturellement. Donc le premier 6 titres c'était une autoproduction avec une subvention d'une mairie, qui nous a permit de démarcher, de trouver pas mal de dates et sur une des dates on a joué avec un groupe qui s'appelait TONG où il y avait Rico de JARRING, et puis toute la mouvance de JARRING EFFECTS, mais qu'on ne connaissait pas encore à l'époque, qu'on avait rencontré ce jour là. Et ensuite ils nous ont invités sur un gros festival : RIDDIM COLLISION qu'ils font chaque année [festival organisé par JARRING EFFECTS], où il y avait tous les groupes de JARRING, et il y avait PUSHY! et nous en invités. Donc là nous on s'est pris une tarte parce qu'on a vu que des groupes electro, c'était les 1ères scènes avec MEÏ TEÏ SHÔ, HIGH TONE ... dont on entendait parler mais qu'on n'avait jamais vraiment vu et là ça a été un peu la révélation donc après quand ils nous ont proposés d'aller chez eux, ça semblait évident, on n'allait pas refuser.

Est-ce que vous pourriez définir votre musique pour les gens qui ne vous connaissent pas encore, quoique sur CANAL B, y'en a beaucoup qui vous connaissent déjà, mais est-ce qu'on peut mettre une étiquette sur EZ3KIEL ou pas du tout ? Qu'est-ce que c'est EZ3KIEL ?

Yann: Pour définir de manière généraliste, on est souvent classé avec les groupes de dub et d'electro parce qu'on intègre vachement d'éléments dub et électroniques dans notre musique. Après on n'intègre pas que ces éléments là donc après si on commence à mettre des termes pour tous les styles, ça va faire un nom à rallonge. Tout ce qu'on fait, on veut que ce soit un peu, grosse batterie, grosse basse et après des éléments assez mélodiques par dessus.

Il y a aussi un élément qui est super important chez vous je crois, c'est le graphisme et tout ce qui a autour de la video. On a vu votre site internet qui est magnifique, je crois que c'est toi qui l'a réalisé ?

Yann: oui, l'adresse du site c'est www.ez3kiel.com. C'est une démarche qu'on travaille depuis longtemps. Au départ c'était uniquement avec les tracts, les affiches, les pochettes de CD, mais le graphisme on a toujours voulu l'associer à la musique, et donc là on a réussi à avoir 2 video-projecteurs et depuis on intègre les images sur scène et on essaie de développer un travail hyper étroit entre la musique l'image. Donc il y a le travail qu'on peut voir sur le site, il y a aussi un CD-ROM qui est en préparation, qui sortira probablement dans 2 ans. On dit 2 ans comme ça, ça nous laisse plein de temps. Avant il y a l'autre album d'EZ3KIEL qui doit sortir et toujours le travail video sur la scène pour les prochaines tournées avec les images.

 

Et c'est toi qui t'occupes de la video aussi, ou vous travaillez avec d'autres gens ?

Yann: Pour le moment il n'y a que moi qui fait les videos, mais à long terme ça serait bien qu'on fasse comme en musique, c'est-à-dire qu'on fasse appel à des gens qui participent. J'ai pas toutes les compétences en video, je sais pas tout faire donc faire appel à des gens qui sont plus doués pour faire de la 3D, il y a plein de choses que je ne sais pas faire. Mais pour le moment c'est toujours une question de moyens financiers. Les gens qui travailleront avec nous et pour nous, pour le moment on n'a pas moyen de les payer, donc au niveau graphique ça reste uniquement moi qui fait tout.

 

Quand on regarde les collaborations que avez eues sur votre album, on est sciés par le nombre de personnes qui travaillent avec vous, dont YANN TIERSEN, TRONX ou plein d'autres groupes. Comment ça se passe ? Est-ce qu'il y a un réseau que vous créez autour de vous ? Comment vous rencontrez ces gens là ? Pourquoi est-ce que vous avez décidés de travailler avec eux ?

Matthieu: Y a un peu 2 écoles. Il y a l'école des groupes qu'on rencontre, donc qui ont fait les collaborations avec Primüreb de MEÏ TEÏ SHÔ, avec TRONX qu'on avait rencontré aussi sur un concert. TRONX c'est un peu différent parce que le projet est parti d'eux. Ils voulaient faire un morceau avec nous, qu'on a fait pour leur album et ensuite on leur a demandé de récupérer les bandes. On s'est dit ça peut être marrant d'avoir 2 versions différentes du même morceau. Eux qui ont leur base, nous qui rajoutons un peu de son dessus et après nous qui refaisons une version de leur morceau, c'est ce qui s'est passé. Sylvestre c'est pareil, c'est un musicien de Tours qui jouait dans DIT TERZI, qu'on cotoie au quotidien et après YANN TIERSEN c'est un petit peu comme la chanteuse de LO JO sur le premier, on y a été au culot à appeler et envoyer et dire voila, on a envie de faire un truc avec toi, si ça t'intéresse ? et donc il est arrivé en studio mais on ne savait même pas quel instrument il allait emmener. On lui avait envoyé un bout de morceau qui tournait en boucle pour lui donner une idée et voila, ça c'est fait.

 

Il y a aussi une collaboration avec une chanteuse tibétaine, parce que vous ne vouliez pas faire du yaourt en tibétain, j'ai lu ça sur une interview sur internet ? Vous êtes engagés dans la cause tibétaine ou c'était pour la compil ?

Yann: Disons que la personne avec qui on enregistre depuis des années, qui s'appelle Fred Norguet est très très engagé, il a une asso qui s'appelle SOLIDARITE TIBET, et donc quand ils ont décidés de sortir la compilation FREE TIBET ils nous en ont parlés, ils nous ont expliqués exactement ce qui s'y passait, parce que nous on est plus ou moins au courant mais j'dirais un peu moins que plus. On avait écrit un morceau et à l'époque c'était avec une chanteuse de Tours qui avait appris une chanson traditionnelle tibétaine mais qui la chantait sans savoir réellement ce que ça voulait dire. Donc lui il a préféré opter pour la solution de carrément chanter avec une vraie chanteuse tibétaine plutôt que d'avoir comme on a dit, un yaourt tibétain que peut-être plus tard les tibétains écouteraient. C'est lui qui nous a présenté grâce à son association cette chanteuse KUNCHOK LAMA.

 

Vous êtes actuellement en tournée, comment ça se passe ?

Matthieu: On tourne depuis la sortie de "handle...", on a commencé à peu près en même temps que la sortie du disque. Là on doit être à une soixantaine de dates. On n'a pas encore la notoriété de pouvoir jouer tous les jours dans des salles partout en France, donc on peut pas regrouper une tournée sur un mois, on espère pouvoir le faire mais pour l'instant ça avance doucement.

 

Comment est-ce que vous sentez l'accueil du public par rapport à votre musique ? Est-ce que ça marche ? Est-ce qu'il y a des salles qui sont plus difficiles que d'autres ?

Matthieu: Depuis cet été on a fait quelques festivals, on voit qu'il y a un peu plus de monde qui se déplace à nos concerts, donc le bouche-à-oreille a fonctionné parce qu'on n'a pas vraiment d'autres moyens, c'est nos concerts qui font notre promo donc le nombre de concerts fait venir plus de gens à chaque fois.

 

Est-ce que sur scène vous vous autorisez une part d'improvisation sur vos morceaux ? On a l'impression qu'à l'écoute de l'album y'a moyen de ...

Yann: On pourrait mais après vu que l'on est que 3, il y a les images qui sont calées exactement, donc il faut fixer les choses et à partir du moment où tu fixes des images, tu n'improvises plus au niveau de la structure, au niveau des longueurs t'es obligé de rester fixe. Pour le moment ce set là il est pas du tout prévu pour improviser, ça a pas du tout été de ce côté là qu'on a voulu mettre l'accent. au contraire on a voulu mettre l'accent sur quelquechose de très travaillé, très précis et des fois il y a des éléments qui font un quart de seconde, il faut que ce soit calé avec les images. L'impro sur ce set là c'est carrément le contraire, c'est plus une récitation en étant le plus précis possible.

 

Et l'impro est-ce que ce serait un truc que aimeriez développer plus tard ?

Yann: Pour le moment ça n'a jamais été une priorité. Il y a beaucoup de gens qui pensent que ça enlève un peu l'élément vivant de la musique, ça veut dire que ça fait figer les choses, ça fige aussi la musique, l'atmosphère. Nous on pense que non. C'est pas parce qu'on met de l'électronique qu'un morceau devient froid, enfin ça dépend comment on l'utilise. Mais l'improvisation pour le moment à 3, si on considère qu'on continue à garder les images, ça ne sera jamais possible parce que les images sont déjà enregistrées et nous on les suit, donc à partir du moment où il y aura quelqu'un qui s'occupera réellement des images, là on pourra se poser la question.

 

Vous êtes attendus pour la balance, on a encore plein de questions à vous poser mais on va vous libérer. On vous remercie énormément de nous avoir accordé cette interview et on espère vous revoir bientôt.

Yann & Matthieu (en choeur) : Merci...

 

handle with care
EZ3KIEL "handle with care"

Propos recueillis par free son.